Pop-corn girl de Laure Mi Hyun Croset aux Éditions BSN Press

Tout n’était que miroitement. Les buildings brillaient comme embrasés par la lumière du mois d’août, et l’immensité du lac reflétait le ciel d’un bleu argenté. (…) son existence, si morne jusqu’ici, ressemblerait bientôt à du cinéma, songea-t-elle.

Là, nous avons une Emma s’enthousiasmant sur les buildings de Chicago à travers les hublots de l’avion qui va la déposer en Illinois sous peu… Mais attention Emma ! Car tu te trompes peut-être et tout ce qui brille et miroite n’est pas forcément d’or comme dans les nombreux films que tu as vus avant de quitter le vieux continent.

Eh voilà ! A peine a-t-elle posé le pied aux États-Unis qu’elle déchante. Le temps des désillusions a-t-il déjà sonné ? On dirait, car un sentiment de décalage, de retrait du groupe s’installe dans le cœur de la jeune collégienne qui a quitté Genève, ses amis et sa famille pour passer 10 mois dans la high School de Gendbard East dans la banlieue ouest de Chicago.

Ce sentiment naissant, un peu douloureux, de mise à l’écart montre ses premiers signes … peu après l’embarquement, elle avait appris les destinations de ses camarades (La Californie), elle avait été dépitée de ne pas goûter, elle aussi, à l’ivresse de cette terre ensoleillée … On dirait qu’Emma s’inflige … de séjourner 10 mois à Chicago dans une ville où l’amplitude des températures, si l’on tenait compte du vent brutal et glacé en hiver, pouvaient atteindre des records.

A 16 ans, la jeune Européenne rêve d’une expérience américaine grandiose, mais c’est sans compter sur les découvertes piquantes, les déceptions cuisantes que lui réserve cette nouvelle culture pleine de contradictions et radicalement opposée à la sienne. 

Malgré la promesse de la chambre bleue et du lit à baldaquin de sa famille d’accueil, Emma déchante en franchissant le seuil de la maison des Kieslowski, l’ornementation extérieure lui parut être celle d’une enfant attardée ou d’un asile pour vieuxUne oie en plâtre avec un chapeau jaune maintenu par un ruban bleu sous le bec et tenant un parapluie souhaitait la bienvenu aux visiteurs, tandis qu’un paillasson en forme de hérisson affichant sur son dos l’inscription « Sweet home » annonçait la couleur.

Bon, au diable la famille d’accueil, il reste heureusement la découverte de l’école et du fameux bus jaune, dont elle a tant rêvé. Seulement, dans la high school de Gendbard East, le sentiment de décalage resurgit : Emma est une jeune Européenne en échange et l’identification au groupe est essentielle. Elle désire ardemment trouver sa place et briller, elle-aussi, comme les cheerleaders, ces jeunes-filles qu’elle trouve ravissantes, sculpturales, sophistiquées et tellement sexy et qui forment l’élite de l’école en soutenant les équipes de football des garçons.

Mais d’où lui vient ce besoin impérieux, cette obsession de vouloir tant ressembler à ces filles qui suent en agitant des pompons ? Serait-ce que … les pom-pom girls possèdent une richesse immatérielle fabuleuse : la considération des autres et ses corollaires, l’amour et le sexe ?

C’est surtout que si Emma ressemblait à une de ces filles-là, le beau Jeff Preston Wilkinson, le capitaine de football de l’école, l’inviterait au bal de homecoming. Oui ? Mais non … parce que Jeff n’a d’yeux que pour sa popularité et tout ce qui peut l’accroître, les cheerleaders notamment.

Que va faire Emma alors ? Comment prendre sa place dans ce cirque ? Comment garder de la distance avec ce cœur qui s’emballe à la vue de Jeff et de ces jeunes-filles so sexy ? Tourner en dérision son sort malheureux en le domptant de sa belle plume ? Eh paf ! C’est trouvé ! Grâce à son écriture incisive et mutine, Laure Mi Hyun Croset redonne une voix à son héroïne sur la touche qui joue sa partie, en nous livrant un point de vue très ironique sur une certaine société américaine des années 90. 

Une belle écriture mordante et savoureuse qui m’a happé d’un bout à l’autre et m’a fait sourire plus d’une fois. A déguster à l’heure d’un afternoon tea.

Mi Hyun Croset L. Pop-corn girl. Giuseppe Merrone Éditeur. Lausanne, 2019.

Publié par Laura Maxwell

Laura Maxwell est née à Genève en 1972. Cette idéaliste romantique est auteure, rédactrice indépendante et enseignante de langues étrangères. Autodidacte au parcours et aux goûts éclectiques, elle publie en 2011 La quête Degraal, roman-feuilleton dans le magazine Tout l’Immobilier, puis de 2012 à 2015, aux Editions Encre Fraîche, Boeing Transformateur, Trait d’union et Le banquet d’Emile , nouvelles dans des recueils collectifs. Elle travaille sur des chroniques de mots, « les accroche-mots » des textes ludiques et instructifs inspirés de ses expériences du monde des affaires. Elle porte sur ce monde-là un regard très critique et ironique.

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